Je suis co-animatrice du podcast « La Calebasse Littéraire » un podcast dont l’objectif est de mettre les littératures caribéennes en avant, de les placer au coeur de nos quotidiens, et de pousser notre audience à lire davantage. C’est dans ce contexte que j’ai lu l’autobiographie de Maryse Condé, intitulée « La vie sans fards ».
Une lecture vraiment édifiante.
Ici je ne reprendrais pas ou peu les éléments que j’ai pu livrer concernant mon sentiment de lecture dans le podcast aux côtés de ma chère co-animatrice Lorraine, je vous laisse le soin d’écouter ce bel épisode. Je vais plutôt en profiter pour approfondir les pensées qui me sont venues une fois que j’ai pris de la distance avec cette œuvre. Distance, il en a fallu pour pouvoir extraire, au delà de la grisante proximité avec les pensées et souvenirs de l’autrice, ce qui fait de son récit une pépite. Notamment pour une femme originaire de la Caraïbe, au 21e siècle.
L’autobiographie de Maryse Condé intitulée La vie sans fards a été publiée en 2012 : cette œuvre complète le récit autobiographique qu’elle avait publié auparavant à savoir Le coeur à rire et à pleurer.
Ce livre, je devais le lire depuis de nombreuses années déjà. J’avais toujours entendu de lui qu’il était fort particulier et très intense.
Et je confirme que c’est une lecture très intense : Maryse Condé s’attèle à cet exercice avec honnêteté et sans détours et ce dès les premières lignes.
Lorsque je relis mes notes, même plus de six mois après l’avoir lu, quand je m’interroge sur ce que j’ai retenu de ses écrits, je me rends compte que les messages laissés y sont très rafraîchissants, libérateurs; dans ce post j’ai choisi de vous en partager trois qui m’ont particulièrement marquée.
« Maryse sé an fanm Isi, an mitan mé pa poto » – être mère, rester soi-même.
Dès les prémices de son récit, Maryse Condé nous donne le contexte de son arrivée à Paris, nous explique comment les délices et tourments de la passion l’ont menée à avoir un enfant avec son amant de l’époque; une première grossesse très mal vécue car le père de son enfant l’abandonnera dès l’annonce. Un post-partum sur fond de chagrin, de deuil – bref une douloureuse entrée dans la maternité. Des enfants elle en aura trois autres, pour un total de quatre enfants. Séparée de leur père mais aussi de son mari, elle assume donc seule de nombreux rôles, une histoire en écho avec celles d’autres femmes guadeloupéennes.
Et pourtant, ce que je trouve formidable ici, c’est que Maryse Condé ne bride pas complètement ses ambitions ou ses envies même en étant mère : elle décide de partir pour l’Afrique, tout ne se passera pas comme prévu mais elle partira quand même. Plus tard, elle parviendra à faire le choix de confier ses enfants pour mieux se recentrer sur son propre parcours et aller de l’avant. Elle s’aménagera des temps de lecture, d’écriture. Là où on pourrait croire que de facto elle est un poto-mitan (à cause de la configuration de son foyer), elle dépasse cette figure, et ne reste pas figée dans ce rôle, dans ce carcan: elle en brise les codes, une chose non- aisée. Ce que j’entends par briser les codes : telle que je la définis, la figure de la mère poto-mitan est une figure qui s’oublie et se perd non seulement dans son rôle de parent, mais qui n’a d’autres choix que de subvenir seul aux besoins matériels et émotionnels du foyer.
Cependant que l’autrice nous raconte comment elle s’accommode de ces différentes casquettes jours après jours, on assiste aussi à son cheminement de femme, d’intellectuelle qui ne s’interrompt pas pour autant. Elle continue de vivre sa sexualité (comme elle l’entend), laisse s’exprimer ses désirs, ne cesse d’apprendre et de s’instruire sur les causes qui nourrissent sa curiosité. Des choix qui lui ont certainement valut d’être jugée. Elle vit toutes les facettes de sa personne, et quel message plus fort que celui-ci? Elle casse la rigidité que l’on associe souvent à la maternité, et c’est quelque chose que l’on retrouve du début à la fin de La vie sans fards.
Laisser un commentaire